Mathias Coureur – Loin des clichés du football

 

Mathias Coureur est tout sauf Neymar. Et il le sait. Pourtant, comme tous les gosses, il veut jouer au ballon rond et vivre de sa passion. Alors, Mathias est devenu le meilleur joueur d’une équipe de football au fin fond du monde.

Mais il a fallu passer par des épreuves initiatiques. Une première expatriation en Espagne, où il s’adapte très vite et très bien. Il apprend l’espagnol, lui qui était « trop nul à l’école ». Mais évidemment, un parcours sans embûches ne serait pas une initiation. Tel Candide, il traverse des moments difficiles, loin des inquisitions voltairiennes, mais proches des souffrances du jeune Werther.

Mathias décide alors d’arrêter le football, rompt son contrat avec l’Atletico Baleares et file en Martinique, sa terre natale qu’il connaît à peine. Six mois sans football, à se reconstruire et à s’interroger. Il en profite pour resserrer ses liens familiaux, lui qui avait quitté la maison à 12 ans. Comme il le souligne à maintes reprises, « on n’a pas le choix. On va là où on nous désire ». En 2013, l’équipe de la Martinique dispute la Gold Cup (Championnat d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes) : il est sélectionné, il est désiré, et c’est tout ce qui compte pour lui. Il se remet en selle.

En 2014, Mathias signe au Cherno More Varna, en Bulgarie. Une année plus tard, son destin prend un virage sérieux. Il marque le but de la victoire en finale de la Coupe de Bulgarie. « Je suis devenu une légende là-bas. Quand je suis parti, les supporters brandissaient une banderole à mon nom ». Il goûte alors à la succulence de l’expatriation et à la notoriété en territoire français. Car ce qui motive Mathias, c’est aussi la reconnaissance : « bien que je sois loin de mon pays, je veux que mon pays ne m’oublie pas ».

Ensuite, direction le Kazakhstan, un pays dont il ne connaissait rien. C’est tout juste s’il ne le confondait pas avec l’Afghanistan, un autre pays en « stan ». Avide d’expérience et aussi optimiste que Candide, il signe pour un an. Sans se poser de questions. Aurait-il dû ? « Franchement, au début, je ne savais pas si j’allais rester ». Atterrir à Kyzylorda, c’est comme la fin d’un rêve pour tout voyageur lambda. Mais Mathias ne se laisse pas impressionner par la tristesse des bâtiments et les gens « un peu renfermés sur eux-mêmes ». Il sait pourquoi il est là. Parce qu’on l’a désiré.

Et puis, il y a les hasards qui donnent un petit coup de pouce. Il n’est pas le seul français à Kyzylorda : Abdel Lamanje est arrivé quelques mois plus tôt, de Russie, où il a joué cinq ans. Une aubaine pour Mathias, qui a appris l’espagnol, le bulgare, mais pas encore le Russe. Abdel est devenu son traducteur, son ami, son éclaireur. Mais les deux hommes n’ont pas la même vie. Abdel retrouve tous les soirs « sa petite femme », précise Mathias, un poil jaloux. Lui est célibataire.

Dans son appartement vide où tout rappelle qu’il est en transit, la vie de Mathias n’est pas toujours simple. Les journées sont ponctuées par la seule obligation d’aller aux entraînements quotidiens, deux heures en moyenne, en fin de journée. Le reste du temps, il est libre. Il sort peu, préférant regarder des séries sur son ordinateur portable. Dexter est parmi son top 10, une série qui a fait couler beaucoup d’heures de téléphone avec ses potes.

Mathias a toujours ses oreillettes à portée de main. La plupart du temps, l’une est greffée à l’oreille, et l’autre pendouille de manière désinvolte. Une façon de dire qu’il est là, et en même temps absent. Présent pour vivre des moments intenses de partage, mais si rien ne se passe, il se réfugie dans ses remèdes à la mélancolie.

C’est à partir du vendredi midi que la semaine de Mathias Coureur change de visage. Tous les joueurs se réunissent au club et ne se quittent plus du week-end. L’objectif de cette première année en D1 est de positionner Kyzylorda en milieu de tableau. Le club a mis les moyens : recrutement de joueurs étrangers, salaires attractifs, bonnes conditions de travail. Résultats : des victoires … et des nouvelles tribunes en construction. Au Kazakhstan, traditionnellement plus enclin aux sports de combat, le football commence à faire tourner les têtes. Et Mathias fait son job sur le terrain ; les supporters le lui rendent bien. Dans la vie, il est jovial et positif, s’entend bien avec tout le monde. C’est sa recette pour réussir ses expatriations. « Se sentir accepté, c’est très important pour s’adapter dans un autre pays », confie-t-il.

Sans en avoir pleinement conscience, Mathias Coureur vit la montée en puissance du football kazakhstanais. Un challenge magnifique pour ce joueur, qui a fait de son exil une marque de fabrique. Car malgré toutes les contraintes qu’il faut accepter (mal du pays, routine, solitude), l’expatriation permet « de voir la vie autrement et de se surpasser ».

Texte et photo : Laure Hodina

 


Kyzylorda, Kazakhstan – 2017